Chroniques-Merci pour le bagage

by Werner Moron

04. Feu trinité 05. Feu trinité 06. Feu trinité

« On ne peut pas accepter que ça continue à perdurer » dit le roi mage.

L’homme important et tous les autres importants disent dans la foulée tout ce qu’il fallait dire :

Prise d’otage …

Par quelques uns…

De l’économie…

Tout est bien dit, comme d’habitude, propre, net, on a rien oublié.

De l’autre côté, des gueules noires, hyper souples entrent pliés en deux (mais pas pour rire) dans les soutes des avions pour les vider à toute vitesse de nos bagages surchargés, de nos passages surbookés et en transit.

Ceux dont on parle, ils sont là à deux, comme des bactéries dans l’intestin du système détesté par nous tous – comme lorsque la petite vielle ne va pas assez vite pour démarrer – elle hésite – perd les pédales et calle au carrefour. Le feu passe au rouge, nous tous derrière cette petite vielle tremblante, tremblons de rage – tout rouges que l’on ne nous permette pas de répondre à la vitesse, à toute vitesse pour prendre nos avions – où nous sommes pris en otage par cette petite vielle qui nous ralentit – le feu était orange, on aurait pu passer – c’est un scandale…

Maintenant ces deux mineurs de fond contemporains se permettent de nous montrer leurs gueules noires et comme en d’autres temps, de faire grève.

Tu te rends compte – le grisou – social – la prise d’otage.

Tout le monde reconnaît qu’ils font le travail d’au moins cinq personnes, il y en a qui disent que c’est le Bengladesh à Zaventem.

Faut pas exagérer, ces deux là en faisant le travail de cinq, ils font augmenter le chiffre du chômage – il faut les diviser, leur faire peur, les punir.

Tous les acteurs économiques le disent, il faut les déstabiliser pour qu’ils redescendent dans la mine – pour nourrir les otages que nous sommes, tous amoureux de notre kidnappeur d’humanité, un kidnapping où le système prévaut sur l’humain quel qu’il soit. C’est le syndrome de Stockholm, on préfère un système qui ne nous aime pas plutôt que de nous aimer nous-mêmes sous la forme de ces deux personnes pliées en deux (mais pas pour rire) dans les soutes d’un avion comme des mineurs de fond.

Quand nous nous rendrons compte que ce combat est notre combat et que le fait de le soutenir nous soutiendra, nous soutiendrons un système économique qui retrouvera sa confiance, c’est à dire la nôtre en nous-mêmes.

 

NB : Cinq minutes avant qu’ils réussissent à obtenir le minimum minimorum, par exemple un dimanche payé, une semaine de congés payés par an, les gueules noires étaient scandaleuses. Ne plus descendre dans le trou, ne plus nous nourrir de ce charbon qui nous lance comme une machine dans la révolution industrielle, ne plus vouloir à n’importe quel prix se plier en deux dans les soutes de la vitesse à faire le travail de trois personnes qui nourrissent l’économie de marché, quel scandale – il faut les punir-service minimum s’il vous plaît – on ne peut pas paralyser ce qui nous paralyse de peur.

Toutes ceux gueules noires qui en d’autres temps comme aujourd’hui ont supporté notre détestation générale, toutes ces gueules noires ont fait évoluer notre bien-être, notre relation à la prédation des puissants.

Merci pour nos week-end payés, notre sécurité sociale, notre 13è mois, même si dans le cadre de ce mois de vacances payées, tu nous prends en otage quand on va à la Costa Brava. Merci pour tout cher bagagiste.

Chère gueule noire, cher gréviste passé, présent et à venir. Merci pour le bagage nous essaierons d’en prendre soin.