Chroniques – Le paternalisme et le desponanisme éclairés (par le bas)

by Werner Moron

Figure de style

 

Le temps finit toujours par être dur pour les despotes : solitude, trahison, paranoïa, mal de dos, crampe intestinale, arythmie cardiaque…

Pourtant tout avait bien commencé – Nous étions comme ça – épars – sans but, sous le joug de la vacuité et quelqu’un est arrivé plein d’énergie et de charisme en nous proposant de nous sortir de notre indécision :

 

« - Je sais où il faut aller.

- Je connais vos désirs cachés, ce sont les mêmes que les miens.

- Je vais réaliser mon rêve, le vôtre : vous m’accompagnez ? »

 

«  – Oh il nous parle si bien… c’est notre langue… il nous ressemble tellement, il est plus nous que nous, il est solide, et n’a pas peur de ceux qui ne sont pas lui, c’est-à-dire nous.

- Il nous explique si bien pourquoi ce sont des ennemis qui ne croient pas aux mêmes choses, qui prennent leur plaisir si ouvertement par d’autres biais que le nôtre …

- Il compte sur nous, c’est le seul. Personne d’autre ne compte sur nous comme lui, il nous le dit si bien, il fait notre fierté. Il dit lorsque nous sommes tous à ses pieds qu’il est fier de nous.

- Il ne nous demande rien, nous lui donnons tout. Grâce à l’extermination de nos ennemis (en nous), nous diminuons nos frustrations  (la vie est si injuste) avec moi

 

- J’ai mis sa photo sur ma page d’accueil, dans la devanture de mon magasin, sur mon bureau, dans mon école, parfois quand il n’est pas là je la retire mais dès qu’il réapparaît je lui montre l’image que j’ai de lui.

- Je hais ceux qui lui posent des questions, sur les raisons de telle ou telle décision ; ces questions sont déjà apparues en moi, elles nous embrouillent. Il faut être concret, dans la lumière de ce qui nous rassure.

 

- Notre despote éclaire. Il ne questionne pas les réalités qui nous sont faites. Il nous dit que ça a toujours été comme ça, ça ne sera jamais autrement, qu’il n’y a qu’une seule possibilité, la sienne et donc la nôtre.

 

- Lorsque nous pensons qu’il y a une alternative, sans qu’il ne soit là, nous nous sentons comme des enfants, irradiés par nos rêves, avec la conscience que nous ne sommes que des enfants et que ce ne seront que des rêves. La société ne peut aller que dans une seule direction, il n’y a qu’une seule façon de prospérer, il n’y a qu’un seul pouvoir, le sien et le nôtre.

- Sa clarté, l’unicité de la direction dans laquelle nous nous situons, nous calme. Nous avons des beaux locaux, des beaux outils, les autres nous respectent et même nous craignent un peu, en tout cas c’est ce qu’il nous dit, c’est ce que nous nous disons.

- Sa force, son unicité nous attire, c’est un père -  nous voulons être près de lui – plus nous sommes proches, moins nous discutons ses décisions, plus il nous protège, plus nous profitons des avantages que nous lui avons donnés. Il nous dit quand ça commence, il nous dit où nous devons aller, et avec qui nous devons faire, nous n’avons pas besoin de prendre d’initiatives, il porte tout ça sur son dos.»

 

 

Au début, il y a le paternalisme, le petit père…

Et puis avec le temps, le petit père se dit : « tous ces enfants je les ai nourris, logés dans mon système, je les ai connus enfants. Ce seront toujours des enfants pour moi, ils ont eu leur premier travail grâce à moi, je les ai aimés de l’amour qu’ils me manifestent – de temps à autre, quand ils grandissent, les enfants doivent être un peu cadrés et parfois même un peu punis pour les bêtises qu’ils font, c’est-à-dire pour les pensées qu’ils ont par eux-mêmes. »

« - Je leur ai permis d’être des ouvriers compétents, des employés, des collaborateurs et parfois même par l’effet de ma grande bonté j’ai permis à certains d’entre eux dans des domaines spécifiques d’être plus compétents que moi, d’être les plus compétents du monde sur lequel je dispense toutes mes lumières. »

- Mais ils ne doivent jamais oublier que c’est par l’effet de ma grande bonté pour eux qu’ils sont ce qu’ils sont.

- Je ne supporte pas ces rendez-vous entre eux en dehors du travail, ces conversations, ces rassemblements en bas de l’immeuble dans les squares, ces projets sans mon consentement.

- Je suis l’éclairage ( par le bas), il faut rester humble, comme le bon peuple, ne pas se laisser gagner par l’égo qu’est le mien, ne pas se laisser gagner par le haut. Le haut est déjà pris, il n’y a qu’un seul haut, une seule possibilité, s’élever au-dessus de moi est la seule chose qui vous soit interdite. Eclairez vous par le bas pour vous sortir des ténèbres de l’aventure, de la surprise et de la créativité ( débridée).

- Je suis le créateur et vous êtes mes créatures. Vous grandissez trop, je vous ai laissé grandir et maintenant vous voulez partager le haut, l’espace de la création, avec moi qui vous ai donné votre chance. Sans moi vous ne seriez rien, vous ne seriez rien qu’indécision et enfantillages. Toutes ces idées, ces aspirations en vous si elles n’entrent pas dans ma direction sont hérétiques, je vais vous rediviser, vous démembrer, je vais vous envoyer mes ministres les plus aveugles, c’est-à-dire mes fidèles les plus ambitieux, les plus pervers, les plus peureux, les moins empathiques ou les plus crédules et ils vous broieront de l’intérieur plus vite que ma police. Je fais tout ça sans le faire exprès, c’est plus fort que moi et pourtant vous savez à quel point je suis fort.

Si vous n’êtes pas gentils, je reprends tout ce que je vous ai donné jusqu’à détruire tout ce qui fut érigé par moi, jusqu’à la guerre civile.

Soit on continue sur le droit fil de ce qui me rassure, ma croyance, ma psychologie, mes habitudes, soit j’irai jusqu’au bout de ce qui vous fera rentrer dans la lumière. Si vous ne voulez plus de ma lumière après tout ce que j’ai fait pour vous, je ne serai pas responsable de la nuit dans laquelle nous entrerons.

Je vais vous diviser même si je dois tout perdre, j’entrerai alors dans la lumière encore plus précieuse des martyrs. Si mon empire ne me survit pas, c’est de toutes façons la preuve éternelle que toute cette réalité dans laquelle vous avez prospéré, n’existait que par l’effet de ma présence. »

 

Nota bene :

Le père, complètement nu dans son palais, crie dans les énormes couloirs qu’il s’est fait construire. Emportant dans ses bras, contre son ventre, une partie de son trésor, ce trésor que nous désirons tous et que nous lui avons donné. Tout autour est dévasté, par la peur et la division, plus personne ne croit en la pertinence de son action, sauf ceux, tellement compromis qu’ils n’osent pas s’avouer à eux-mêmes et donc à leur père que tout est fini, que le monde se recycle et que des milliards et milliards d’éclairages différents entourent le palais pour le dissoudre dans le temps inéluctable des cycles. Il y aura des morts, du temps perdu, on créera des méfiances, des antagonismes mais comme pour les saisons, en Syrie, en Turquie en Corée du Nord ou dans votre travail, le paternalisme n’a aucune chance de survivre.

Évidemment se dire que tout un peuple va se débarrasser de ce qui n’aurait jamais du être son père, pour défendre des arbres, cela apparaît désuet… mais défendre les arbres, les intelligences collectives, la raison, la créativité sur la forme du partage, ce sont des investissements à long terme. Le despotisme (éclairé par le bas) c’est efficace, rapide, c’est un glucose, un dopage de l’enfance de notre humanité, c’est une énergie qui dope nos prospérités. Il nous faut maintenant entrer dans une humanité adulte où personne n’a un sourire en coin quand on parle de partage, de liberté, d’égalité, d’empathie pour ce qui nous est différent. Entrer dans une humanité adulte qui s’appuie sur les forces et les faiblesses de chacun d’entre nous pour se créer des directions ramifiées, sur mesure. C’est plus proche de l’intelligence autonome du temps, c’est plus proche de ce qui a entraîné la création des montagnes, de l’atmosphère, de la nature et en définitive de nous, dans ce que nous avons appelé la culture. Accepter que quelque chose nous dépasse sans qu’il ne s’agisse d’un dogme, d’une autorité, c’est entrer dans ce monde adulte qui finira par arriver.

Prenons, reprenons notre retard. A ce degré d’urgence ne nous précipitons pas, avançons dans le bon rythme, solidaires, durablement pour créer un vingt et unième siècle du second souffle où nous n’avons plus besoin du père/mère système.

Chacun de là où il est, avec ses ombres et ses lumières, va s’engager dans l’élaboration d’un monde qui se méfie de la décision d’un seul dès le début.

 

Nota bene bis :

Cher despote (éclairé par le bas) vas-y ! Lâche ! Cher aspirant despote, ne commence jamais, viens directement avec nous. Tu recevras beaucoup plus sûrement et fort l’amour, la force et les apaisements qui t’ont poussé à tout vouloir dominer.