365X Hier – Le 5 juin 2004

by Werner Moron

Le poisson soluble est un poisson que rien ne détruit.

 

Il fait partie de cette génération de poissons qui se sont installés dans les environnements les plus pollués de la planète.

Là où les pêcheurs n’osaient plus aller, là où plus aucun prédateur n’osait les suivre.

 

Leur calcul était simple.

 

Après avoir rencontré, dans des réunions secrètes, des super microbes, des super virus qui eux-mêmes avaient rencontré des super rats, des super algues et bien d’autres super résistants de ce type, ils se sont dit : « Si nous voulons subsister, il faut nous rendre impropres à la consommation. »

Ils ont alors émigré vers les zones les plus infectes du globe.

Sur quelques années, en ayant d’abord subi d’énormes pertes, ils se sont métissés avec une frénésie telle, que la somme de leurs différences s’est inscrite en une seule équation, en un caractère unique.

C’est ainsi qu’est apparu, issu de ce cloaque infernal, le super poisson.

Un super résistant, hébergeant dans son organisme pratiquement toutes les maladies connues et inconnues à ce jour.

Un mutant en évolution permanente.

Un poisson radioactif, fait de mercure, de cancers, possédant une puce électronique dans le cortex.

Le cocktail inédit, dans lequel la vieille puce de laboratoire s’est retrouvée, a donné naissance à la première intelligence artificielle non programmée

Cette technologie a profité de l’évasion de quelques poissons de laboratoire pour se reproduire dans une sorte de parthénogenèse spontanée et évolutive, une espèce d’internet vivant.

De super résistants, ils sont à l’heure actuelle devenus super intelligents.

Ces poissons qui possèdent un gène de ronce, de fraise, de singe, de mammouth, qui contiennent le catalogue exhaustif des maladies existantes à notre époque et leur antidote en antibiotiques et antidépresseurs de tout style peuvent survivre pratiquement à tout.

 

Sans la présence de l’homme, il serait le premier être vivant immortel.

 

Pour palier à cette dernière fragilité, ils ont imaginé en une seule génération bionique, une contre-attaque très courante chez les hommes mais qu’ils ont très nettement améliorée.

 

Lorsqu’il est menacé, l’animal se laisse capturer et attend le moment propice pour se faire exploser.

Après avoir provoqué un maximum de dégâts collatéraux, il se réincarnera dans chacun de ses fragments.

Chaque clone issu de cette explosion est remis à jour pour devenir encore plus performant que la matrice dont il s’est déchiré.

D’où son appellation dans le langage populaire de « poisson soluble ».

 

La réalité d’aujourd’hui nous entartine à longueur de journée de son surréalisme rampant.

 

Lu sur le pont Kennedy, 16 heures