Oeuvre-individu / performance et installation à Mons

by Werner Moron

crédits : Philippe Herbet

crédits : Philippe Herbet

crédits : Philippe Herbet

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crédits : Philippe Herbet

crédits : Philippe Herbet

crédits : Philippe Herbet

crédits : Philippe Herbet

 

Depuis plusieurs années, les oeuvres que je crée ne sont plus uniquement destinées à l’exposition. Elle sont devenues elles-mêmes des espèces de personnages pensant, une espèce de support mental et sensible déposé dehors.

Ces oeuvres à l’origine, étaient créées pour autre chose que l’exposition, elles devaient servir d’appât, afin de créer un lien avec le passant. Elles servaient à attirer la curiosité, à ralentir le rythme dans lequel nous nous sommes tous à degrés divers enfermés, afin d’entamer une conversation qui cherchait à nous situer nous humains, dans la spirale de chrome de notre époque. Ce furent des radeaux, des tentes, des toiles comme des bannières qui traversent les rues de part en part, des mannequins peints, des cabanes, des prie-dieux, des hommes-sandwichs avec des plaques en verre,  etc.

Toutes ces oeuvres ont vécu en dehors de tous critères de conservation raisonnables.  Elles furent exposées au soleil, au gel, aux trombes d’eau, à toute heure du jour et de la nuit, en toute saison. Certaines vécurent pendant six mois dans une grotte, d’autres vécurent dans des quartiers chauds, elles eurent à subir les dégradations, les tags, les brûlures, les coupures. Ce qui me paraissait le plus intéressant, le plus urgent à conserver et à créer dans mon époque était le lien qui se dégage de l’oeuvre, plus que l’oeuvre d’art pour elle-même.

Les oeuvres qui ont découlé de ces œuvres-individus furent des réflexions, de nouvelles idées, une philosophie, une comptabilité poétique, des photographies, des vidéos, des performances, etc.

Aujourd’hui, il est temps de leur rendre hommage et de les observer pour ce qu’elles sont.

Ces oeuvres-individus par le fait que je les savais condamnées, dans l’idée d’oeuvre d’art classique, m’ont permis de mieux comprendre le monde qui tournait autour. Elle m’ont permis de me déplacer vers des horizons formels et conceptuels inédits pour moi, plus spirituels que plasticiens.

En fait, en abandonnant ces oeuvres, je les confrontais au réel, tous ces éléments travaillaient à la manière des sculpteurs qui enlèvent la matière pour faire venir une image. Ici l’image était le temps et l’envie de résister au temps, en étant en-dehors des assistances respiratoires d’une certaine conservation.

Aujourd’hui, mon intuition est à la fois simple et implacable, d’une part je veux conserver de la manière la plus décente et la plus belle possible ce qui reste de ces œuvres, et d’autre part, les travailler comme un matériau par les moyens mêmes de la restauration, comme s’il s’agissait de la couleur et de la matière. Et d’autre part face à ces oeuvres restaurées, j’aimerais placer des répliques, des sculptures pimpantes neuves.

Ensuite, il s’agira de monter des expositions avec la somme des choses récoltées par ces oeuvres-individus, et par ailleurs, de créer un espace critique qui dit dans le cadre de l’histoire de l’art, ce que peut bien vouloir dire, non seulement le travail avec la dégradation mais avec la restauration et la conservation comme élément plastique en tant que tel.

Ensuite, il s’agit de créer une conversation en vue d’un catalogue et des expositions où l’on voit une oeuvre-individu, un objet usé jusqu’à la corde, qui n’a reçu l’accréditation d’aucune institution culturelle. Un objet simplement beau d’avoir survécu et qui expliquerait ce qu’il a vu dehors à une oeuvre d’art toute neuve, belle d’être si jeune. Cela ne ferait qu’une seule exposition, qu’un seul point de vue bicéphale.

Cette conversation entre deux objets, un dans le champ de l’art, un dehors, est un texte que j’écris depuis une quinzaine d’années, et pour lequel je cherche des partenaires qui seraient intéressés de créer une production conséquente pour donner corps à une exposition itinérante.

Toute personne intéressée à entrer en production avec moi pour ce travail peut prendre contact sur : contact@wernermoron.be.

Je ne sais pourquoi, mais j’ai l’impression que ça parle de nous ici et maintenant, et que ça parle de nous et de toutes les questions qui se posent dans la société des hommes dans leur environnement.

 

Septembre 2013

Ici il s’agit de réinscrire le processus d’œuvre-individu, à l’intérieur de la résidence qui m’est faite dans Park In Progress, jumelée à City Sonic 2013. Je suis allé là, 5 jours/5 nuits, avec une tente toute neuve, terriblement kaki, terriblement d’actualité. Comment se fait-il que les tentes militaires soient toujours si terriblement d’actualité ?

Il y a une quinzaine d’années, je vivais régulièrement 5 jours-5nuits en un point de la ville en attendant que les sujets viennent jusqu’à moi. Je vivais dans cette tente, jour et nuit avec un Bic et une feuille de papier, un appareil photographique bon marché et des caisses pleines d’oranges en guise de monnaie d’échange. La tente une fois peinte me servait à la fois d’atelier et d’oeuvre d’art. Pour une raison obscure mais impérieuse, un jour j’ai décidé de mettre cette œuvre d’art contre le mur le plus humide d’une cave, afin que la pourriture en fasse une dentelle. J’ai estimé que le résultat, cette tente pourrie, était une forme d’hommage pervers à la vulgarité de la vitesse induite par Ronald Reagan. Cette histoire est compilée dans les aventures de Maggy et Ronny ( cf poésie comptable Maggy et Ronny – publication à venir). En 2013, l’opportunité qui m’est faite dans Park In Progress et City Sonic, me fait penser à ces 5 jours/5 nuits des années 90. Je vais donc là avec une tente toute neuve que je vais peindre sous la forme d’une réplique. Un petit peu à la manière de la mariée et du militaire, exposés il y a pratiquement 1 an jour pour jour à La Châtaigneraie, je peux maintenant jouer avec une tente pourrie et ses beaux restes, et une tente peinte, toute neuve, à l’identique, pour en faire la Multinationale des Alternatives.