365xhier – Les 14, 13, 12 et 11 octobre 2004

by Werner Moron

 

 

14 octobre

 

Hier

Les alliances sont en chiffon.

 

Lu à Bruxelles, midi

 

 

 

13 octobre

 

Union of Soviet Socialist Republics.

« Monsieur, monsieur ? C’est pour quelle classe ?

- 1ère humanité, Medjid Moron.

- 1er PAF ?

- Pardon ?

- PAA, PAB ?

- Je ne sais pas.

- De toute façon les premières c’est au premier étage, la liste des noms se trouve sur la porte. »

Je suis légèrement en retard, il n’y a plus de chaises. Je me pose au fond de la classe. Je  m’appuie contre l’Union soviétique.

« Bonjour, je suis le prof d’informatique. » L’homme fait un exposé très clair et laisse la place à un de ses collègues

« Bonjour, je suis la directrice. »

A, c’est acquis

B, c’est limite

Et C, ce n’est pas bien, c’est non acquis.

« Est-ce que vous graduez le B ?

- Normalement non, mais certains collègues préconisent le B+ et le B-. »

La directrice s’excuse et laisse la place au professeur de latin.

Les parents très sérieux posent des questions sous les néons tremblants. Ils ont gardé leur manteau sous les plafonds en carton. Ils sont assis très sagement sur les bancs en formica de leurs enfants à côté de l’immense carte de l’Union soviétique.

 

Lu rue Blanche, presque minuit

 

 

 

12 octobre

 

Hier, je suis une fois de plus monté dans un train, le Thalys pour Paris.

Nous avons rendez-vous à 9 heures, le train part du quai numéro 4 à 9 h 40.

C’est une réunion préparatoire pour une exposition qui aura lieu en janvier.

Un colloque d’anachorètes.

Jean-Pierre Ransonnet m’a fait mourir de rire.

 

Lu dans les couloirs du lycée de Waha, 20 heures

 

 

 

11 octobre

 

L’esprit est un drôle de tuyau.

Il rampe sur le sol d’une immortalité.

Il ploie sous les coups du vide.

Je repensais à ce cycliste belge convaincu de dopage à la méthadone.

Quelle étrange mixture pour un sportif.

La cocaïne, les amphétamines, les anabolisants, et tous les alliages chimiques qui font reculer la douleur, la fatigue, la conscience de soi, je comprends.

Mais la méthadone, ce produit de repenti de l’héro, comme c’est triste.

Un petit gobelet en plastique rempli d’un leurre qui n’offre aucune euphorie, juste un bandage entre le manque et la veine avide, comme c’est étrange.

Seul dans mon wagon non-fumeur devant le paysage qui défile derrière des gares vides, je me dis : « Pourvu que les clones de Bush gagnent les élections, pourvu que ce soit eux. »

Si c’est les tièdes gaffeurs à la Carry-Royal, le sevrage n’aura pas lieu, la révolte, la désintoxication sera servie dans des petits gobelets en plastique sans euphorie, juste un bandage entre un manque de désir et les stars maquillées en Che new yorkais.

Le silence assourdissant des médias et de l’élite intellectuelle de ces dernières années va accoucher d’un bruit entre culpabilité et sourire bien rangé, il va balayer le vrai travail de résistance qui s’opère dans les veines populaires.

 

Lu dans le train climatisé, 8 h 50