Les amis…

by Werner Moron

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Et puis un jour, on traine dans ses archives. Le dixième dessin, la centième photo, fait du premier une archive. Ceux qui la voient passer pour la première fois lui donne vie ou lui ferment les yeux en n’y prêtant pas attention. Mais moi, je risque fort d’archiver.

Aujourd’hui nous commençons à comprendre que le virus qui sans attendre a tué, blessé, empêché l’humain avec lequel il rentrait en contact, en est maintenant arrivé à nous mettre dans la situation des grandes vacances obligatoires avec soi-même pour une longue durée. Nous allons devoir vivre séparé de corps pendant longtemps.

L’autre qui nous hérissait lorsqu’il nous frôlait dans les villes bondées. L’autre qui mit bout à bout forme les chiffres qui nous disent que nous sommes surpeuplés comme on parlerait de sur poids morbide. L’autre que l’on ne montrait qu’au coin de la rue à minuit, aujourd’hui nous amène le pain , le médicament, le mot qui permet de tenir une journée.

Tout ce qui va se dire sur le COVID pendant les dix ans qui viennent sera des dessins, des esquisses, de futures archives. Ce que nous vivons nécessitera dix ans pour être compris. Il faudra aussi un récit qui sera constitué de la somme des récits digérés par le temps. Tout ça existera, espérons-le, dans une époque où tout sera à nouveau stable pour celui qui par une forme de digestion dira par la littérature, le cinéma, la science, ce qui s’est passé.

Nous ne pouvons pas attendre ce récit qui nous expliquera cette période de pandémie dans une époque où tout sera stable de nouveau pour ceux qui vivaient comme un occidental moyen.

Plus que jamais, le révisionnisme poétique me permet de me protéger de ceux qui dans la barquette de l’humanité face au virus se laissent allez à la panique de croire qu’ils détiennent la vérité. Nous ne pouvons plus accepter qu’au nom d’une certaine liberté des individus se placent au sommet. Par leur imprudence, leur manque de connaissances et d’intérêt pour l’humanité, ils nous maintiennent dangereusement en prison. Pour l’époque qui vient, je ne souhaite faire « humanité », « commerce » et « fête » qu’avec ceux qui le désirent aussi. Ceux qui pensent que l’état providence, la politique ou et la société sont liberticides, je les comprends mais aujourd’hui il faut faire un choix clair : vous rentrez ou vous sortez de la cage des hommes qui se tiennent les coudes. Nous, c’est « Donner, recevoir et rendre » (cf. l’anarchiste Kropotkine).

Je suis anarchiste, c’est-à-dire un homme politique adulte. Je n’ai pas besoin de super structure législative, je suis capable – en fonction de mon talent ou de ma profession – de penser, d’organiser, d’incarner une politique du soin, de la nourriture, de l’habitat ou du respect de l’habitat. Nous sommes capables chacun d’où nous sommes, si nous prenons nos responsabilités à 1/7000.000.000 de construire une sorte d’hôtel organique capable de vous accueillir jour et nuit où que vous vous trouviez sur terre parce que des hommes, des femmes et des enfants auront construit des bunkers végétaux au cœur desquels ils vivent leur vie comme si il était possible de faire de chaque dessin une archive où la mort ferait partie constituante de la vie. Où la vie et le respect de la vie sont les seules choses auxquelles on peut mesurer le sacré ou la valeur de quelque chose : d’un roi, d’une loi ou d’un paquet de fric.

Pour l’immédiat, créons avant tout autre forme de désir, un mètre carré stable. Des couloirs des zones d’échanges, des entrées et des sorties respectueuses des précautions ; nous nous assurons que chaque être vivant pour une raison qu’il nous revient de nous-même d’expliquer a droit à de la nourriture en abondance et en qualité et un lieu où il peut habiter et être habité.

Une fois que nous aurons créé une zone de démarcation avec le virus, tout l’effort consistera à accepter de recevoir, de donner et de rendre ce qui nous revient lorsque nous mettons la somme de nos potentialités et de notre humanité au cœur de l’humanité. Si nous avons aimé être des individus, il va falloir sérieusement s’investir dans le réel juste autour de nous avec des gens que nous connaissons ou que nous ne connaissons pas. À dix, bien organisés, nous sommes capables de créer des mutuelles efficaces. Il ne s’agit pas d’être nombreux, pour toucher le nombre, dans un contexte de pandémie, il faut faire appel à une multinationale des alternatives. Ce qui n’est que le deuxième souffle de ce que nous devons mettre en place le plus vite possible.

Confiné, finement con, on s’étire, on fait le tour des angles. Confiné, finement con, pour trouver les interstices apaisés, les destinations dans le théâtre d’ombre et de lumière, sur la peau en plein air, loin du virus, de plain-pied dans la mentalité d’un printemps et de son triomphe. À quelques-uns, bien organisés, on ne risque rien. Même en rêve…

30 avril 2020