Lettre ouverte aux fenêtres – Torse Nu

by Werner Moron

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Deux grands représentants du pouvoir symbolique s’affrontent (le masculin l’emporte), les Femens et le Monseigneur (c’est de l’Art Brussels).
Ça fait combien de temps qu’on accepte le théâtre des rituels cléricaux de tous bords avec leurs coups de production, avec leurs décors hors crise, avec le phrasé des acteurs, avec les sujets abordés : le péché, le « comme-ci, pas comme-ça »… tout ça autour de la figure intouchable d’une personne qu’on ne voit jamais.
Chapeau !
Ça fait combien de temps qu’on accepte le théâtre du tourbillon médiatique autour d’un milliardaire toxicomane qui nous dit : « bein voilà…j’ai produit l’effort comme j’avais pensé et j’ai gagné…bein je suis bien content et je remercie mon coach ».
On croit rêver, chapeau !
Ça fait combien de temps que nous entrons tous de plain pied dans le théâtre du pathos médiatico-industrialo-syndicalo-politique du « c’est scandaleux…c’est une crise majeure…l’usine ferme…on n’en revient pas…et en plus ils faisaient des bénéfices…et en plus pendant les vacances… » C’est incroyable toutes les semaines depuis trente ans, une messe de cet incroyable.
Ça fait combien de temps qu’on accepte d’être dans le théâtre hystérique d’une personne qui fait des bons en criant comme un petit cochon à une heure de grande écoute en disant : « C’est incroyable elle n’a pas de shampoing …c’est génial, excusez-moi, je pleure, j’ai gagné mon poids en rocher Ferrero…c’est le plus beau jour de ma vie j’ai gagné la voiture. »
Par contre la société comme la cours d’école sont toujours aussi efficaces, brutales, sans concession pour les personnes qui n’en peuvent plus, pour le désespoir de cause, pour ceux qui entrent vraiment en résistance, qui rompent vraiment avec une situation qui leur paraît aberrante.
« Vous avec vu ces femmes radicalisées, quelle agressivité, à mon avis c’est contreproductif. Vous les avez vues, elles déboulent comme ça torse nu devant nous tous, devant la société toute entière, toute cette fragilité comme ça devant tout le monde, c’est insupportable », « ça sert à quoi ces femme torse nu qui s’élancent sur la tronche monumentale de Poutine, ça va nous rapporter quoi ces femme torses nu en hiver devant les doudounes de la bien pensance, quel scandale, quelle agressivité, quelle jeunesse, quelle exagération et au risque de me répéter, quel scandale, on croit rêvé ».
Bon allez sérieusement on n’a pas autre chose à foutre de notre rage, de notre indignation, avec nos petits badges du Che, nos émissions dans la gueule et notre cul d’autruche bien en l’air, notre tronche enfoncée dans le déni…allez au hasard … de Fukushima, ou bien allez comme ça en passant … de Wall-Street.
Franchement, quand on connaît la difficulté d’où que l’on soit, quand on connaît la difficulté d’amener l’objet de son combat ou de sa passion jusqu’au média pour qu’on le transmette jusqu’à nous sous la forme de l’opinion publique, quand on sait à quel point c’est difficile et à quel point il est urgent de faire certaine choses, on rêverait de voir des climatologue torses nus à Copenhague ou à Kyoto, des infirmières, des instituteurs, des responsables d’association dans la culture par exemple face à la crise qui leur est faite on souhaiterait les voir se lancer nus face au mur d’indifférence, à bout de souffle pour donner l’alerte.
Allez bon il faut que je me calme bientôt on sera tous torse nu, le beau temps revient et si un jour les Femens deviennent trop dogmatiques elle seront attaqués par d’autres Femens pour que la braise reste intact et que l’assoupissement n’éteigne pas tout, en attendant, chapeau quand-même.