W.M.
Chroniques

Chroniques de Werner Moron

Lettre ouverte aux fenêtres – Win Win, Perdant Perdant

« Tu m’as acheté du gazon transgénique à un prix défiant toute concurrence et je fais la promotion de tes patchs anti-allergiques, de ta tondeuse vintage au charbon et de tes clubs de golf en fémur humain chinois. »

Win Win, deux fois plus de tout ce que nous n’avons déjà pas besoin, deux fois plus profondément dans les directions suicidaires.

«  Je te soutiens dans ton lobby pour mettre tes mâchoires sur la forêt primaire et tu me règles mes problèmes de suivi psychologique de ces bons pères de famille légèrement ballonnés après une journée de travail à faire fonctionner leurs drones depuis Washington au dessus de Kaboul. »

Dans le fait de gagner, il n’y a que des perdants et un seul gagnant. Dans le Win Win, tout le monde perd deux fois et ceux qui avaient déjà pris l’habitude de gagner gagnent le double.

«  Tu me rachètes mes permis de polluer, n’en ayant plus besoin vu l’effondrement de mon industrie, et j’accueille tes flics pour qu’ils s’entraînent sur ma population acariâtre afin qu’une fois formés sur le terrain ils puissent anticiper sur toute tentative de revendication. Pour le moment, nous allons te soutenir dans l’effondrement de ton industrie par l’effet de notre toute nouvelle génération de subprimes. »

Dans un système qui ne nous aime pas, nous sommes otages.

Si nous n’avions pas été pris en otages par nos propres systèmes, par notre environnement socio-technologico-économique, nous nous serions depuis longtemps émancipés, libérés de ce qui nous asphyxie depuis plus ou moins longtemps à des degrés divers.

Ce qui maintient le capitalisme morbide (en référence à l’obésité du même nom) en vie c’est le syndrome de Stockholm.

Nous avons tellement peur de notre ravisseur. Nous vivons prisonniers depuis si longtemps que nous avons fini par l’aimer. Nous l’aimons d’un amour de chien battu par un maître indifférent. Nous sommes tendus vers le moindre signe d’attention, de tendresse qui n’arrive jamais en dehors d’un deal. Nous précédons tous ses désirs, nous brisons les moindres distances entre lui et nous, et plus nous diminuons la distance entre le système et nous et moins le système nous respecte. Moins nous sommes aimés et moins nous trouvons la force de nous aimer nous-mêmes. Win Win.

Nous sommes entourés de tout ce qui nous est proposé, et ne proposons rien en retour de ce qui ne va pas servir le système. Nous travaillons pour produire ce qu’il nous faudra acheter pour ne pas être abandonnés par l’époque (has been). Win Win.

Pouvez-vous vous imaginer sans le téléphone, l’ordinateur, la voiture, l’électroménager, les vêtements, l’activité culturelle en vue ? La liste est infinie de ce qu’il nous faut posséder pour espérer faire partie de ce qui nous prive de tout le reste.

Pour posséder ce qui découle du système, il nous faut prioritairement dévaliser quatre choses essentielles à ce qui élève l’homme au-dessus de sa terrible condition :

1. Il nous faut cambrioler le patrimoine naturel jusqu’à l’appeler «  notre environnement ».

2. Il nous faut nous priver de toute autonomie par rapport à notre temps (durée de vie) jusqu’à n’avoir la plupart du temps pas une minute à soi.

3. Nous sommes tellement déstabilisés dans nos nécessités sensibles, subconscientes, symboliques, spirituelles, métaphysiques que nous entrons de plus en plus concrètement en guerre, c’est-à-dire en concurrence avec l’autre. Cette guerre se joue dans nos nerfs, nos synapses, dans le raccourcissement du seuil de nos tolérances. Nous entrons en conflit intérieur ou extérieur pour une place dans le métro, sur un périphérique ou dans une file quelconque ou tout simplement pour une place dans la vie que nous avons fini par appeler le travail.

4. Nous nous épuisons en visibilité et cela depuis le plus jeune âge. Plus nous disparaissons sous les artefacts, les avatars, les profils, les outils, les prothèses technologiques, plus il nous faut être visible. C’est-à-dire prendre toute la place sans qu’il ne soit nécessaire d’avoir un propos, il s’agit simplement de prendre la place, celle que nous avions, dans d’autres temps réservée à Dieu dans le mystère de la foi que nous avons pour nous-mêmes.

 

Dans tout ce qui précède, je ne vous apprends rien, soit nous savons déjà tout cela dans nos névroses, nos infinies petites maladies, nos rêves épuisants, nos médications, consultations, certitudes sèches… Soit nous sommes pris d’un doute et une intuition fébrile nous souffle que tout ce qui précède n’est peut-être que l’effet d’un mirage bien plus grand encore que celui de nos consciences et de nos inconsciences individuelles. Peut-être s’agit-il d’une névrose mondialisée, d’un inconscient collectif. Peut-être le monde n’est-il que ce qu’il est et qu’il ne prend que la direction qu’il doit prendre sans que nous soyons à la barre ou responsable de quoi que ce soit. Peut-être  que le simple fait de se dire que nous sommes capables de détruire quelque chose (par exemple le climat) fait partie de cette prétention humaine que nous détestons tellement chez l’autre. En bref, nous pensons que nous ne sommes qu’une bactérie dans un énorme intestin et nous disons cela pleins de force et de supériorité dans des émissions en costume noir le vendredi soir. Ce qui nous entraîne à croire qu’il n’y a pas de bonne ou de mauvaise direction. Peut-être les choses s’écrivent-elles par l’effet d’un déterminisme qui a commencé avec l’apparition de la vie et de son expansion par division et par accident. Cette combinaison a amené et continue à amener de nouvelles formes de vie et de nouvelles formes de disparition. Et puis il y a ce qui entre dans la vision furtive d’une pauvre tâche pensante dans un univers en expansion et nous voilà de nouveau en nous-mêmes à nous demander ce que nous faisons là.

Là-dedans c’est-à-dire dans nos pensées, nous avons nous aussi, à la manière du cosmos, par l’effet de notre sacro-sainte culture et notre toute nouvelle intelligence humaine créé un infini. Il s’agit d’une multiplication des offres et des demandes de la nourriture pour chat, des pommeaux de douche ou des jantes en alliage ou des sodas, chips, nouvelles technologies ou des réseaux multimédia…

Nous nous dupliquons à l’infini, nous créons un monde dupliqué jusqu’à inonder et ne plus nous souvenir, ou alors uniquement à la manière d’une Atlantide, ce qu’en d’autres temps nous appelions le réel. Il ne nous est plus suffisant de transformer une matière naturelle en un outil qui va nous servir à exister le plus en équilibre possible entre ce qu’il nous faut faire pour subvenir à nos besoins et ce qu’il nous faut ne pas faire pour profiter de l’existence. Comme la transformation de la matière ne nous était plus suffisante, nous avons transformé notre regard sur nous-mêmes, nous nous sommes attaqués à nous pour devenir des outils nous-mêmes au service de notre système. Comme le commerce, le travail, la société ne nous suffisaient plus pour créer notre infini nous avons inventé le Win Win.

Win Win, c’est l’aventure de deux prédateurs qui décident de mettre leurs talents en symbiose sans perdre la moindre énergie dans une lutte pour l’hégémonie. Win Win, ce sont deux prédateurs qui ne luttent plus entre eux, pour mieux détrousser une victime sous la forme d’une banquise, d’un prolétariat, d’un service public et d’un public captif :

« Je veux voir des escaliers glissants derniers cris et ce sont nos partenaires qui s’occupent de réduire vos fractures, de vous vendre des assurances surtout si vous ne tombez jamais, ou nos partenaires vous proposent des produits personnalisés qui vous éviteront de glisser »

« Nous nous vendons l’Antarctique et la disparition des ours blancs, de l’eau potable, en nous associant avec le pouvoir médiatico-spectaculaire qui vous fera pleurer à chaudes larmes et donc participer avec nous à la montée des eaux, devant des émissions de sensibilisation à la nature. Ce sont nos associés qui vous vendront les incroyables technologies qui vous permettront de transformer ces larmes ainsi que vos urines et votre transpiration en boissons gazeuses parfumées à tout ce que vous voudrez ».

«  Tout ce que vous voudrez vous pourrez le gagner. Surtout si ce que vous voulez, vous nous l’achetez en nous faisant gagner. »

«  Win Win ne pourra jamais être utilisé en dehors des possibilités économiques. Si par hasard nous arrivons par je ne sais quel miracle à nous organiser en dehors du commerce, entre personnes vivants dans un périmètre court et ayant des besoins similaires, par exemple  une tentative de diminution des solitudes ; alors deux personnes qui se rapprocheraient pour diminuer leur solitude ne rentrent pas dans le concept du Win Win. Deux personnes qui ne se connaissent pas et qui se rapprocheraient pour diminuer l’ennui ou augmenter la sécurité ou leur potentialité de service, n’entrent pas dans le concept de Win Win. »

« Ne faites pas garder vos enfants, plantes vertes, animaux, grands-parents par des personnes de votre voisinage, les grands pourvoyeurs du Win Win sous la forme des assurances, des administrations de tout genre pourraient vous punir en vous mettant sur une black list. »

«  Combien de tondeuses hyper puissantes peut-on trouver sur une certaine partie du territoire par exemple sur un kilomètre carré et de combien en a-t-on réellement besoin pour tondre un kilomètre carré? »

« Combien de cadeaux de Noël peut représenter un seul grenier ? »

«  De quelle économie se prive t-on par l’effet de nos méfiances culturelles en évitant tout ce qui n’est pas organisé par notre père/mère système ? »

Win Win, c’est la négociation entre le ravisseur et sa victime, Perdant Perdant.

Le ravisseur vit en clandestinité dans le réel. Il se cache à lui-même le fait qu’il séquestre la réalité. Et le séquestré ne vit qu’à travers les informations, l’agenda et les nourritures que lui jette le geôlier.

Il n’y a pas de Win Win entre personnes souveraines, ouvertes sur leurs réalités respectives, attentives à leurs rêves les plus subtiles, capables de créer une intersection entre elles. Il n’y a pas de Win Win entre personnes plurielles, souveraines, capables de créer une économie intime et sur mesure, simplement parce qu’elles l’ont évaluée, échangée, essayée et puis mise en place et cela à partir de leurs forces et de leurs faiblesses respectives, jusqu’à créer une multinationale des alternatives humaines, sans que nous ayons besoin d’un centre, ni même d’une périphérie.

Nous sommes tous capables d’envisager une évasion, nous voyons tous comment nous pourrions quitter notre ravisseur simplement par essais et erreurs en faisant une société qui part d’un individu vers l’autre jusqu’à créer des intersections qui répondent à une demande et qui énoncent une offre. Ces expériences pourraient se jouer dans tout ce qui existe déjà et qui ne nécessitent pas la moindre production, le moindre marketing, visibilité, management, marques, propriété.

Il s’agirait simplement de désoublier toutes les lumières qui vivent en nous, capables de nous éclairer dans les possibilités infinies qu’il y a à étudier l’infini de l’autre. Ce cosmos de possibilités nous est confisqué par l’effet pervers du Win Win et de ces produits, outils, appareils, systèmes, prothèses de plus en plus emprisonnantes.

«  Merde il faut que je m’interrompe, je réalise que j’ai perdu mon Iphone ! Où sont mes calmants, mes amis, mon avenir ? »

 

 

Chroniques – Foremonemblues

Oeuvre-individu / performance et installation à Mons

crédits : Philippe Herbet

crédits : Philippe Herbet

crédits : Philippe Herbet

crédits : Philippe Herbet

crédits : Philippe Herbet

crédits : Philippe Herbet

crédits : Philippe Herbet

crédits : Philippe Herbet

 

Depuis plusieurs années, les oeuvres que je crée ne sont plus uniquement destinées à l’exposition. Elle sont devenues elles-mêmes des espèces de personnages pensant, une espèce de support mental et sensible déposé dehors.

Ces oeuvres à l’origine, étaient créées pour autre chose que l’exposition, elles devaient servir d’appât, afin de créer un lien avec le passant. Elles servaient à attirer la curiosité, à ralentir le rythme dans lequel nous nous sommes tous à degrés divers enfermés, afin d’entamer une conversation qui cherchait à nous situer nous humains, dans la spirale de chrome de notre époque. Ce furent des radeaux, des tentes, des toiles comme des bannières qui traversent les rues de part en part, des mannequins peints, des cabanes, des prie-dieux, des hommes-sandwichs avec des plaques en verre,  etc.

Toutes ces oeuvres ont vécu en dehors de tous critères de conservation raisonnables.  Elles furent exposées au soleil, au gel, aux trombes d’eau, à toute heure du jour et de la nuit, en toute saison. Certaines vécurent pendant six mois dans une grotte, d’autres vécurent dans des quartiers chauds, elles eurent à subir les dégradations, les tags, les brûlures, les coupures. Ce qui me paraissait le plus intéressant, le plus urgent à conserver et à créer dans mon époque était le lien qui se dégage de l’oeuvre, plus que l’oeuvre d’art pour elle-même.

Les oeuvres qui ont découlé de ces œuvres-individus furent des réflexions, de nouvelles idées, une philosophie, une comptabilité poétique, des photographies, des vidéos, des performances, etc.

Aujourd’hui, il est temps de leur rendre hommage et de les observer pour ce qu’elles sont.

Ces oeuvres-individus par le fait que je les savais condamnées, dans l’idée d’oeuvre d’art classique, m’ont permis de mieux comprendre le monde qui tournait autour. Elle m’ont permis de me déplacer vers des horizons formels et conceptuels inédits pour moi, plus spirituels que plasticiens.

En fait, en abandonnant ces oeuvres, je les confrontais au réel, tous ces éléments travaillaient à la manière des sculpteurs qui enlèvent la matière pour faire venir une image. Ici l’image était le temps et l’envie de résister au temps, en étant en-dehors des assistances respiratoires d’une certaine conservation.

Aujourd’hui, mon intuition est à la fois simple et implacable, d’une part je veux conserver de la manière la plus décente et la plus belle possible ce qui reste de ces œuvres, et d’autre part, les travailler comme un matériau par les moyens mêmes de la restauration, comme s’il s’agissait de la couleur et de la matière. Et d’autre part face à ces oeuvres restaurées, j’aimerais placer des répliques, des sculptures pimpantes neuves.

Ensuite, il s’agira de monter des expositions avec la somme des choses récoltées par ces oeuvres-individus, et par ailleurs, de créer un espace critique qui dit dans le cadre de l’histoire de l’art, ce que peut bien vouloir dire, non seulement le travail avec la dégradation mais avec la restauration et la conservation comme élément plastique en tant que tel.

Ensuite, il s’agit de créer une conversation en vue d’un catalogue et des expositions où l’on voit une oeuvre-individu, un objet usé jusqu’à la corde, qui n’a reçu l’accréditation d’aucune institution culturelle. Un objet simplement beau d’avoir survécu et qui expliquerait ce qu’il a vu dehors à une oeuvre d’art toute neuve, belle d’être si jeune. Cela ne ferait qu’une seule exposition, qu’un seul point de vue bicéphale.

Cette conversation entre deux objets, un dans le champ de l’art, un dehors, est un texte que j’écris depuis une quinzaine d’années, et pour lequel je cherche des partenaires qui seraient intéressés de créer une production conséquente pour donner corps à une exposition itinérante.

Toute personne intéressée à entrer en production avec moi pour ce travail peut prendre contact sur : contact@wernermoron.be.

Je ne sais pourquoi, mais j’ai l’impression que ça parle de nous ici et maintenant, et que ça parle de nous et de toutes les questions qui se posent dans la société des hommes dans leur environnement.

 

Septembre 2013

Ici il s’agit de réinscrire le processus d’œuvre-individu, à l’intérieur de la résidence qui m’est faite dans Park In Progress, jumelée à City Sonic 2013. Je suis allé là, 5 jours/5 nuits, avec une tente toute neuve, terriblement kaki, terriblement d’actualité. Comment se fait-il que les tentes militaires soient toujours si terriblement d’actualité ?

Il y a une quinzaine d’années, je vivais régulièrement 5 jours-5nuits en un point de la ville en attendant que les sujets viennent jusqu’à moi. Je vivais dans cette tente, jour et nuit avec un Bic et une feuille de papier, un appareil photographique bon marché et des caisses pleines d’oranges en guise de monnaie d’échange. La tente une fois peinte me servait à la fois d’atelier et d’oeuvre d’art. Pour une raison obscure mais impérieuse, un jour j’ai décidé de mettre cette œuvre d’art contre le mur le plus humide d’une cave, afin que la pourriture en fasse une dentelle. J’ai estimé que le résultat, cette tente pourrie, était une forme d’hommage pervers à la vulgarité de la vitesse induite par Ronald Reagan. Cette histoire est compilée dans les aventures de Maggy et Ronny ( cf poésie comptable Maggy et Ronny – publication à venir). En 2013, l’opportunité qui m’est faite dans Park In Progress et City Sonic, me fait penser à ces 5 jours/5 nuits des années 90. Je vais donc là avec une tente toute neuve que je vais peindre sous la forme d’une réplique. Un petit peu à la manière de la mariée et du militaire, exposés il y a pratiquement 1 an jour pour jour à La Châtaigneraie, je peux maintenant jouer avec une tente pourrie et ses beaux restes, et une tente peinte, toute neuve, à l’identique, pour en faire la Multinationale des Alternatives.

Chroniques – La Multinationale des Alternatives

La Multinationale des Alternatives (extrait)

Concept, voix, texte, images – Werner Moron
Musique – Mirco Gasparrini
Une performance réalisée dans le cadre de Park in Progress et City Sonic (Mons 2013)

365X Hier – Le 18 juillet 2004

1

Hier soir, je suis allé jeter des crasses.

C’est-à-dire des choses dont on ne voit plus l’usage que l’on pourrait en avoir.

Des bâches en plastique, des barres de fer, une table à langer, des vieilles fenêtres, des briques et des vieux jouets.

 

Juste un peu avant dans la journée, Hamado Sabre nous parle de sa réalité d’homme et de journaliste au Burkina Faso : « Pour conduire une réunion, l’expérience m’a appris qu’il fallait toujours commencer par un repas. Sinon, ceux qui sortent de table pour venir au comité de rédaction disent n’importe quoi, ceux qui n’ont pas assez mangé sont inquiets, ceux qui n’ont rien pris de la journée sont agressifs et ceux qui n’ont pas mangé depuis la veille ne sont pas là. Donc, dans mes budgets de directeur du journal, j’inclus toujours une certaine somme pour de la nourriture, au même titre que pour l’encre ou les timbres. »

 

Le parc à containers se trouve juste à côté du cimetière, les gens viennent y ensevelir leurs objets déchus, leurs matières encombrantes dans l’urgence. Tout le monde jette, tout, vite. Toute une société vient dans cet appendice de la consommation, jeter ce qui fut tant désiré dans le même élan compulsif qui les a poussés à acheter. Il y a de l’urgence, de l’inquiétude. Va-t-on pouvoir se débarrasser de tout ? Nous revivons  cette fragilité animale d’être en train de déféquer en terrain non couvert. Il faut aller vite, pour ne pas être pris par le prédateur, il faut aller vite pour ne pas penser.

 

« Chez nous, il y a la joie de vivre, il y a le soleil dans les cœurs. Il y a de la solidarité. Nous n’avons pas les moyens de ne pas être solidaires. Dans les nouvelles cités, il y a une clef par porte et les gens ne se voient plus. Au bord des villes, c’est plus grave, les gens sont chacun dans leur cage. C’est leur monde. Dans les vieilles maisons autour des cours, c’est la débrouille et les palabres.

« On dit que ce qui va tuer le Burkinabé, c’est son optimisme.

« Chez nous, il faut savoir prendre son temps tellement les choses qu’il est urgent de régler sont nombreuses. L’urgence, c’est de vivre, la vie est la seule chose que nous possédions vraiment. Il est urgent de ne pas la polluer par tout ce qui nous manque. »

 

Le drame, l’échec, c’est de revenir avec quelque chose.

« A ça monsieur, c’est de l’Éternit. – Ben oui et alors. – Vous ne pouvez pas jeter ça avec les gravats. – Dans les encombrant alors ? – N  dans les encombrants, ni dans les inertes. – Mais que voulez-vous que j’en fasse moi, monsieur, de cet Éternit ? – Vous devez acheter des sacs spéciaux à onze euros pièce. – Onze euros par sac, mais il m’en faudra dix ou vingt, ça va ma coûter une fortune. – Monsieur, c’est comme ça, l’Eternit contient de l’amiante et nous sous-traitons l’évacuation des produits contenants de l’amiante. J’ai pas envie de me choper un cancer moi, déjà que plus ça va, moins les gens trient et que je dois systématiquement passer derrière eux pour ranger leurs inconséquences. – Oui, bon, si j’ai bien compris, je dois payer le prix fort pour évacuer quelque chose que l’on m’a vendu bien cher sous prétexte que c’était un produit révolutionnaire. Eternit éternel, hein ? – Ben oui, éternel, c’est bien là le problème monsieur. – Qu’est-ce qu’on est en train de nous vendre de révolutionnaire à l’heure actuelle qu’il nous faudra comme l’Eternit évacuer à grands frais quand on n’en voudra plus ? – Ben j’sais pas mais vous avez qu’à pas l’acheter. »

 

 

« Chez nous, il y a des milliers d’associations et aucune ne reçoit de subside. Elles fonctionnent toutes par la débrouille, la récup et la restauration. Il n’y a rien qui n’ait pas de valeur. La seule façon d’espérer recevoir une bourse du gouvernement, c’est d’organiser un tournoi de foot. Et ça c’est inquiétant. C’est le début de la fin. »

Sur la route du retour avec mon Éternit à l’arrière de la camionnette, j’ai vu tout à l’entour du parc à containers des dépôts clandestins fleurir comme des fleurs en plastique.

 

 

Lu devant chez Ethias, rue des Croisiers, 23 h 30

365X Hier – Le 16 juillet 2004

2

Hier, j’ai mis un foulard autour du cou d’Emile. Depuis quinze jours, malgré les médicaments, il se promène partout avec une petite toux sèche.

Le nez qui coule, des petits yeux rouges et une petite toux sèche qui n’évolue pas et qui ne disparaît pas, indifférente aux médicaments, c’est une allergie.

Pour ma part, depuis trois jours, ni les Zirtec, ni les Dafalgan codéïnés n’atténuent une migraine énorme, carénée comme un casque intégral, de la nuque au menton.

Dorothée réagit aux poils de chat et tousse comme un bichon maltais au contact d’on ne sait quelle présence microscopique en suspension dans l’air.

Sur la plus haute étagère, il y a une espèce de boîte de conserve que nous avons obtenue en écrivant à Test Achat et qui va nous révéler la teneur en radon dans la maison. « Radon », ça me fait penser à raton laveur ou ragondin, jamais entendu parler. C’est encore un de ces poisons subtils, discret et ancestral, qui ne nous fut révélé que très récemment et qui nous ronge à notre insu depuis que nous sommes fœtus peut-être.

Dans les journaux, on nous explique que les fruits émettent des gaz et qu’il n’est pas bon de les mélanger. Je ne vais pas faire la liste de l’ensemble des périls invisibles qui nourrissent notre parano inconsciente. Nous développons un inconscient paranoïaque exponentiel, se nourrissant de sa propre inconsistance pour grossir.

« Que fais-tu ?

- Je vais jeter les épluchures dans le compost.

- Malheureux, ne fais pas ça, tu vas gâter tout. »

 

Je profite d’une minute où il ne pleut pas pour aller dans le fond du jardin. Je marche au milieu des plantes pâles déchirées par l’eau, comme dans les supplices moyenâgeux. J’ai un drôle de sentiment, une espèce de sifflement angoissant qui ne passe pas par le système auditif. Les berces du Causase sont tout affalées, comme répandues dans des flaques noires. On peut voir ce que leurs feuilles ne nous laissent jamais voir. Leurs pieds gonflés par un parachute de fleurs blanches, sont éventrés de rouge et de noir gluants. Les parachutes ne se sont pas ouverts, ils sont partis en torche, attaqués par le feu bactérien. Je cours vers les aubépines. C’est ça. Tout un quartier est atteint. C’est réellement comme après un incendie ou comme si un avion avait lâché sa vidange d’huile en plein vol.

Je retourne à la maison pour m’affaler dans un fauteuil en espérant ne pas être attaqué par un tic infecté de la maladie de Lyme.

Même si une vie trop sédentaire n’est pas bonne pour les gens de mon âge, face aux agressions du monde extérieur, il faut opérer un choix et ne pas multiplier les probabilités de rencontrer ce qui nous couchera. En tout cas pour cette après-midi.

Nous vivons dans notre salon comme les explorateurs des siècles derniers, découvrant en route les maladies, les infections, les poisons qui leur dévissaient les dents, les cheveux et la vie. Eux marchaient sous le dôme émeraude de la canopée et nous, sous la loupe inquiétante d’un microscope.

 

 

 

 

Lu en descendant avec le bus 24 vers la ville, 8 h 30

365X Hier – Le 9 juillet 2004

3

Hier, je suis allé sur internet pour montrer à Emilie, femme d’entretien au bureau, originaire de Guinée, des images de statuettes Fang. Dans les premiers jours de mon engagement, croyant comprendre qu’elle n’en avait jamais vues, je lui avais promis de lui ramener un livre sur les urnes funéraires de ses ancêtres.

Je tape « Fang », puis « statuette Fang », puis « statuette Fang image », rien de beau. Rien en rapport avec ce que je voulais lui montrer.

Beaucoup de sites très verbeux avec peu d’images et d’autres où la sculpture que l’on montre est belle mais utilisée, bidouillée à des fins graphiques, d’autres sites parlent des Fangs chinois.

La première fois que j’ai vu ces merveilles, c’est à Paris, au Musée Dapper.

Je revois encore cette petite tête montée sur un bâton glissé dans un cylindre.

Le petit visage n’avait aucune expression et c’était là toute sa magie.

Il s’incarne de votre propre état d’âme.

Les figures sont sculptées dans le bois et puis immergées pendant de longs mois dans des bains spéciaux à base d’huile de palme.

Ce qui donnait à ces visages miroirs, vides d’expression quand personne ne les regardait, une présence saisissante.

Sous la chaleur des spots, des siècles plus tard, les statues transpiraient.

Je n’en croyais pas mes yeux. La petite, là, avec ses yeux aussi ronds que sa bouche, transpire de la tempe. L’autre, plus loin, dans son urne presque rendue transparente par le temps, transpire juste dans le doux petit cratère que nous avons tous entre le nez et la bouche.

Ca lui faisait une allure de petit garçon un peu trop gros qui cherche les toilettes.

Il y avait là plus de présence, d’impression d’être devant de la vie, que devant n’importe quelle sculpture de l’Antiquité ou de la Renaissance tellement proche de notre image.

Je me retrouvais au musée Grévin des âmes.

Sur internet, je ne voyais rien.

Les sculptures ne me voyant pas, ne montraient rien, ne se laissaient pas voir.

Comment vais-je pouvoir expliquer à la très pragmatique Emilie que ses ancêtres ne se laissent pas voir par le sentier des images et qu’il faut se rendre jusqu’à eux pour faire éclore le reflet de notre âme.

 

Lu devant MultiGym à Liège

365X Hier – Le 5 juin 2004

Le poisson soluble est un poisson que rien ne détruit.

 

Il fait partie de cette génération de poissons qui se sont installés dans les environnements les plus pollués de la planète.

Là où les pêcheurs n’osaient plus aller, là où plus aucun prédateur n’osait les suivre.

 

Leur calcul était simple.

 

Après avoir rencontré, dans des réunions secrètes, des super microbes, des super virus qui eux-mêmes avaient rencontré des super rats, des super algues et bien d’autres super résistants de ce type, ils se sont dit : « Si nous voulons subsister, il faut nous rendre impropres à la consommation. »

Ils ont alors émigré vers les zones les plus infectes du globe.

Sur quelques années, en ayant d’abord subi d’énormes pertes, ils se sont métissés avec une frénésie telle, que la somme de leurs différences s’est inscrite en une seule équation, en un caractère unique.

C’est ainsi qu’est apparu, issu de ce cloaque infernal, le super poisson.

Un super résistant, hébergeant dans son organisme pratiquement toutes les maladies connues et inconnues à ce jour.

Un mutant en évolution permanente.

Un poisson radioactif, fait de mercure, de cancers, possédant une puce électronique dans le cortex.

Le cocktail inédit, dans lequel la vieille puce de laboratoire s’est retrouvée, a donné naissance à la première intelligence artificielle non programmée

Cette technologie a profité de l’évasion de quelques poissons de laboratoire pour se reproduire dans une sorte de parthénogenèse spontanée et évolutive, une espèce d’internet vivant.

De super résistants, ils sont à l’heure actuelle devenus super intelligents.

Ces poissons qui possèdent un gène de ronce, de fraise, de singe, de mammouth, qui contiennent le catalogue exhaustif des maladies existantes à notre époque et leur antidote en antibiotiques et antidépresseurs de tout style peuvent survivre pratiquement à tout.

 

Sans la présence de l’homme, il serait le premier être vivant immortel.

 

Pour palier à cette dernière fragilité, ils ont imaginé en une seule génération bionique, une contre-attaque très courante chez les hommes mais qu’ils ont très nettement améliorée.

 

Lorsqu’il est menacé, l’animal se laisse capturer et attend le moment propice pour se faire exploser.

Après avoir provoqué un maximum de dégâts collatéraux, il se réincarnera dans chacun de ses fragments.

Chaque clone issu de cette explosion est remis à jour pour devenir encore plus performant que la matrice dont il s’est déchiré.

D’où son appellation dans le langage populaire de « poisson soluble ».

 

La réalité d’aujourd’hui nous entartine à longueur de journée de son surréalisme rampant.

 

Lu sur le pont Kennedy, 16 heures

Chroniques – Un étron dans le Vittel

Chroniques – Le paternalisme et le desponanisme éclairés (par le bas)

Figure de style

 

Le temps finit toujours par être dur pour les despotes : solitude, trahison, paranoïa, mal de dos, crampe intestinale, arythmie cardiaque…

Pourtant tout avait bien commencé – Nous étions comme ça – épars – sans but, sous le joug de la vacuité et quelqu’un est arrivé plein d’énergie et de charisme en nous proposant de nous sortir de notre indécision :

 

« - Je sais où il faut aller.

- Je connais vos désirs cachés, ce sont les mêmes que les miens.

- Je vais réaliser mon rêve, le vôtre : vous m’accompagnez ? »

 

«  – Oh il nous parle si bien… c’est notre langue… il nous ressemble tellement, il est plus nous que nous, il est solide, et n’a pas peur de ceux qui ne sont pas lui, c’est-à-dire nous.

- Il nous explique si bien pourquoi ce sont des ennemis qui ne croient pas aux mêmes choses, qui prennent leur plaisir si ouvertement par d’autres biais que le nôtre …

- Il compte sur nous, c’est le seul. Personne d’autre ne compte sur nous comme lui, il nous le dit si bien, il fait notre fierté. Il dit lorsque nous sommes tous à ses pieds qu’il est fier de nous.

- Il ne nous demande rien, nous lui donnons tout. Grâce à l’extermination de nos ennemis (en nous), nous diminuons nos frustrations  (la vie est si injuste) avec moi

 

- J’ai mis sa photo sur ma page d’accueil, dans la devanture de mon magasin, sur mon bureau, dans mon école, parfois quand il n’est pas là je la retire mais dès qu’il réapparaît je lui montre l’image que j’ai de lui.

- Je hais ceux qui lui posent des questions, sur les raisons de telle ou telle décision ; ces questions sont déjà apparues en moi, elles nous embrouillent. Il faut être concret, dans la lumière de ce qui nous rassure.

 

- Notre despote éclaire. Il ne questionne pas les réalités qui nous sont faites. Il nous dit que ça a toujours été comme ça, ça ne sera jamais autrement, qu’il n’y a qu’une seule possibilité, la sienne et donc la nôtre.

 

- Lorsque nous pensons qu’il y a une alternative, sans qu’il ne soit là, nous nous sentons comme des enfants, irradiés par nos rêves, avec la conscience que nous ne sommes que des enfants et que ce ne seront que des rêves. La société ne peut aller que dans une seule direction, il n’y a qu’une seule façon de prospérer, il n’y a qu’un seul pouvoir, le sien et le nôtre.

- Sa clarté, l’unicité de la direction dans laquelle nous nous situons, nous calme. Nous avons des beaux locaux, des beaux outils, les autres nous respectent et même nous craignent un peu, en tout cas c’est ce qu’il nous dit, c’est ce que nous nous disons.

- Sa force, son unicité nous attire, c’est un père -  nous voulons être près de lui – plus nous sommes proches, moins nous discutons ses décisions, plus il nous protège, plus nous profitons des avantages que nous lui avons donnés. Il nous dit quand ça commence, il nous dit où nous devons aller, et avec qui nous devons faire, nous n’avons pas besoin de prendre d’initiatives, il porte tout ça sur son dos.»

 

 

Au début, il y a le paternalisme, le petit père…

Et puis avec le temps, le petit père se dit : « tous ces enfants je les ai nourris, logés dans mon système, je les ai connus enfants. Ce seront toujours des enfants pour moi, ils ont eu leur premier travail grâce à moi, je les ai aimés de l’amour qu’ils me manifestent – de temps à autre, quand ils grandissent, les enfants doivent être un peu cadrés et parfois même un peu punis pour les bêtises qu’ils font, c’est-à-dire pour les pensées qu’ils ont par eux-mêmes. »

« - Je leur ai permis d’être des ouvriers compétents, des employés, des collaborateurs et parfois même par l’effet de ma grande bonté j’ai permis à certains d’entre eux dans des domaines spécifiques d’être plus compétents que moi, d’être les plus compétents du monde sur lequel je dispense toutes mes lumières. »

- Mais ils ne doivent jamais oublier que c’est par l’effet de ma grande bonté pour eux qu’ils sont ce qu’ils sont.

- Je ne supporte pas ces rendez-vous entre eux en dehors du travail, ces conversations, ces rassemblements en bas de l’immeuble dans les squares, ces projets sans mon consentement.

- Je suis l’éclairage ( par le bas), il faut rester humble, comme le bon peuple, ne pas se laisser gagner par l’égo qu’est le mien, ne pas se laisser gagner par le haut. Le haut est déjà pris, il n’y a qu’un seul haut, une seule possibilité, s’élever au-dessus de moi est la seule chose qui vous soit interdite. Eclairez vous par le bas pour vous sortir des ténèbres de l’aventure, de la surprise et de la créativité ( débridée).

- Je suis le créateur et vous êtes mes créatures. Vous grandissez trop, je vous ai laissé grandir et maintenant vous voulez partager le haut, l’espace de la création, avec moi qui vous ai donné votre chance. Sans moi vous ne seriez rien, vous ne seriez rien qu’indécision et enfantillages. Toutes ces idées, ces aspirations en vous si elles n’entrent pas dans ma direction sont hérétiques, je vais vous rediviser, vous démembrer, je vais vous envoyer mes ministres les plus aveugles, c’est-à-dire mes fidèles les plus ambitieux, les plus pervers, les plus peureux, les moins empathiques ou les plus crédules et ils vous broieront de l’intérieur plus vite que ma police. Je fais tout ça sans le faire exprès, c’est plus fort que moi et pourtant vous savez à quel point je suis fort.

Si vous n’êtes pas gentils, je reprends tout ce que je vous ai donné jusqu’à détruire tout ce qui fut érigé par moi, jusqu’à la guerre civile.

Soit on continue sur le droit fil de ce qui me rassure, ma croyance, ma psychologie, mes habitudes, soit j’irai jusqu’au bout de ce qui vous fera rentrer dans la lumière. Si vous ne voulez plus de ma lumière après tout ce que j’ai fait pour vous, je ne serai pas responsable de la nuit dans laquelle nous entrerons.

Je vais vous diviser même si je dois tout perdre, j’entrerai alors dans la lumière encore plus précieuse des martyrs. Si mon empire ne me survit pas, c’est de toutes façons la preuve éternelle que toute cette réalité dans laquelle vous avez prospéré, n’existait que par l’effet de ma présence. »

 

Nota bene :

Le père, complètement nu dans son palais, crie dans les énormes couloirs qu’il s’est fait construire. Emportant dans ses bras, contre son ventre, une partie de son trésor, ce trésor que nous désirons tous et que nous lui avons donné. Tout autour est dévasté, par la peur et la division, plus personne ne croit en la pertinence de son action, sauf ceux, tellement compromis qu’ils n’osent pas s’avouer à eux-mêmes et donc à leur père que tout est fini, que le monde se recycle et que des milliards et milliards d’éclairages différents entourent le palais pour le dissoudre dans le temps inéluctable des cycles. Il y aura des morts, du temps perdu, on créera des méfiances, des antagonismes mais comme pour les saisons, en Syrie, en Turquie en Corée du Nord ou dans votre travail, le paternalisme n’a aucune chance de survivre.

Évidemment se dire que tout un peuple va se débarrasser de ce qui n’aurait jamais du être son père, pour défendre des arbres, cela apparaît désuet… mais défendre les arbres, les intelligences collectives, la raison, la créativité sur la forme du partage, ce sont des investissements à long terme. Le despotisme (éclairé par le bas) c’est efficace, rapide, c’est un glucose, un dopage de l’enfance de notre humanité, c’est une énergie qui dope nos prospérités. Il nous faut maintenant entrer dans une humanité adulte où personne n’a un sourire en coin quand on parle de partage, de liberté, d’égalité, d’empathie pour ce qui nous est différent. Entrer dans une humanité adulte qui s’appuie sur les forces et les faiblesses de chacun d’entre nous pour se créer des directions ramifiées, sur mesure. C’est plus proche de l’intelligence autonome du temps, c’est plus proche de ce qui a entraîné la création des montagnes, de l’atmosphère, de la nature et en définitive de nous, dans ce que nous avons appelé la culture. Accepter que quelque chose nous dépasse sans qu’il ne s’agisse d’un dogme, d’une autorité, c’est entrer dans ce monde adulte qui finira par arriver.

Prenons, reprenons notre retard. A ce degré d’urgence ne nous précipitons pas, avançons dans le bon rythme, solidaires, durablement pour créer un vingt et unième siècle du second souffle où nous n’avons plus besoin du père/mère système.

Chacun de là où il est, avec ses ombres et ses lumières, va s’engager dans l’élaboration d’un monde qui se méfie de la décision d’un seul dès le début.

 

Nota bene bis :

Cher despote (éclairé par le bas) vas-y ! Lâche ! Cher aspirant despote, ne commence jamais, viens directement avec nous. Tu recevras beaucoup plus sûrement et fort l’amour, la force et les apaisements qui t’ont poussé à tout vouloir dominer.